Hélène BARRIER, créatrice textile

D’ENCRE en AIGUILLE

Mon travail de plasticienne textile a commencé par la découverte de la sérigraphie, qui m’a donné l’envie de récupérer de vieux tissus et de leur donner une nouvelle vie par le biais de l’impression de motifs et de couleurs. Ces textiles sont devenus peu à peu des petites sculptures, aux formes animales ou anthropomorphes. Les textiles utilisés sont uniquement des tissus de récupérations : vieux vêtements, nappes, torchons, draps…ils sont teints, réassemblés, brodés, sérigraphiés…Chaque objet résulte d’une trouvaille qui ouvre la porte à l’imagination.
Ainsi est née la marque La reine Dagobert.

Une première commande pour une exposition au Musée de la Poste , Failles, il manque toujours quelqu'un à étreindre, m’oriente vers des installations, vers un chemin de recherches artistiques plus poussées, et aussi des objets plus grands.
Certaines sont composées de plusieurs pièces assemblées en « tableau », comme les 37 marcels (petits personnages habitant dans une étrange maison de thé) ou Comment te dire que je t’aime : 10 poupées se retrouvent dans des états corporels bouleversants, où le dedans et le dehors n'ont plus de frontière, où les têtes, les membres, les organes agissent de façon désordonnée, où l'environnement mouvant s'inscrit tel un tatouage sur leur peau de lin.

Dans la continuité de recycler des objets, le projet Jardins secrets part de l’envie d'habiller et d’habiter le mobilier, principalement des chaises, des fauteuil, des canapés. Soit simplement en leur confectionnant des coussins sur mesure, tels des bulbes éclos entre deux plis et s’épanouissant sur un accoudoir, soit en s'emparant du meuble directement en lui apposant des extensions textiles.
Jardins secrets est une invitation à faire germer et proliférer le mobilier autour d’une proposition d’extension tissulaire, avant de continuer à explorer les espaces alentours dans une perspective d’art environnemental.

PROLIFÉRATION ET REPETITION

Faire « pousser » des sculptures textiles, tels des herbes folles qui ont germé entre deux pavés, au milieu des gravas, tels les arbres et racines envahissant et épousant les formes des sépultures du Père Lachaise.
Aussi bien en intérieur (un appartement délaissé, une galerie à l’état brut, un parquet boursouflé par un dégât des eaux…) qu’en extérieur (trottoir fendillé, zones urbaines en friches, boutiques en travaux, gravas), montrer que la nature reprend ses droits et que d’une zone de chaos peut naitre du beau. Confrontation sensible avec un paysage, création d’une relation avec l’environnement, le révéler, le transformer, entamer un dialogue entre les matières brutes d’un espace et l’intime chaleur du textile.

Au-delà du bourgeon et du germe, évoqués précédemment, le cocon et l’essaim forment d’autres exemples de prolifération naturelle, qui peut intervenir dans la ville comme dans la nature, comme des présences poussées là.

J’imagine le paysage comme champs mental d’où faire émerger des formes hybrides, sorties de mon âme sauvage.

En parallèle, la création de dessins et motifs, du crayon de couleur à la broderie, permet de retrouver lignes, formes et couleurs (presque) sans contrainte, tout en continuant à réfléchir aux objets et aux espaces qui nous entourent. La répétition, salvatrice et fascinante, offre un exutoire, et le geste mille fois refait permet de redessiner le monde.

Ainsi, plurielle, je crée les Iconoklastes, en amoureux solitaire.

27_portrait-eric-mmp.jpg
     ©Eric MMP